Méthodologie de l'ACSI
L'Indice Africain de Cyberstratégie (ACSI) est un instrument d'évaluation multidimensionnel destiné à mesurer le niveau de maturité stratégique des États africains dans le cyberespace, c'est-à-dire leur capacité à concevoir et mettre en œuvre des politiques et actions cohérentes, autonomes, résilientes et géopolitiquement influentes en matière numérique.
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Indicateurs mesurables
A · I · C
Avancement, Intention, Capacité
1. Introduction et cadre
Dans un monde de plus en plus régi par les dynamiques numériques, le cyberespace s'impose comme une arène stratégique majeure au sein de laquelle se dessinent les nouvelles lignes de force de la souveraineté, de la puissance et de la sécurité. L'Afrique, continent en pleine mutation numérique, est appelée à formuler ses propres réponses à ces enjeux, non seulement pour protéger ses intérêts, mais également pour affirmer sa voix dans la redéfinition des normes et structures de gouvernance globale du cyberespace.
L'émergence de l'ACSI s'inscrit dans une époque marquée par l'intensification des inégalités numériques, la dépendance accrue aux technologies étrangères, la montée en puissance des menaces cybernétiques transnationales d'origine étatique ciblant le continent et l'absence d'outils africains systématisés pour mesurer les efforts en matière de stratégie dans le cyberespace. Le LARC entend combler ce vide méthodologique en proposant une matrice d'analyse conçue par et pour les réalités africaines.
Objectif : L'ACSI mesure la maturité stratégique des pays africains dans le cyberespace en évaluant leur capacité à utiliser le cyberespace pour atteindre des objectifs nationaux, protéger et défendre leurs intérêts vitaux, renforcer leur souveraineté numérique et influencer les dynamiques géopolitiques.
Résultats escomptés : Une meilleure visibilité des efforts nationaux et régionaux ; un outil de pilotage stratégique pour les décideurs publics ; un référentiel africain de la cyberstratégie ; et une incitation à la coopération régionale fondée sur des critères partagés et comparables.
2. Critères et indicateurs d'évaluation
Les critères procèdent d'une analyse fine des dimensions constitutives de toute
stratégie cyber. Les pondérations résultent d'un équilibre entre pertinence
stratégique, faisabilité de la mesure et diversité des contextes nationaux.
Qu'est-ce que la pondération ?
Chacun des 6 critères se voit attribuer une pondération spécifique, qui reflète
son importance relative dans la détermination de la maturité cyberstratégique
globale d'un État. La somme des pondérations des 6 critères vaut toujours 100 % ;
le score final ACSI est la somme des scores normalisés de chaque critère,
multipliés par leur pondération respective (voir la formule à la section 4).
1
Souveraineté numérique et autonomie technologique
Évalue la capacité d'un pays à contrôler les leviers d'autonomie et de souveraineté de son cyberespace (réduire sa dépendance aux technologies étrangères, développer ses propres infrastructures, plateformes et contenus).
22%
Indicateurs (6) :
- Niveau de dépendance aux technologies, produits ou services étrangers
- Cadre légal sur la localisation, protection et portabilité des données
- Dispositif national de protection des infrastructures critiques (OIV)
- Développement des technologies locales (data centers, fibre, contenus locaux)
- Taux d'hébergement local des données critiques
- Capacité d'action autonome dans le cyberespace (défense / offense)
2
Stratégie nationale du cyberespace, gouvernance et veille stratégique
Évalue dans quelle mesure le pays intègre le cyberespace dans sa stratégie nationale et gère ses ressources et menaces numériques de manière holistique.
20%
Indicateurs (6) :
- Dispositif d'homologation des solutions numériques étrangères / certification nationale
- Existence d'une stratégie cyber claire et actualisée
- Structures étatiques dédiées et mécanismes de coordination intersectoriels
- Doctrine de cyberdéfense dans les armées
- Capacités d'analyse prédictive, prospective et veille stratégique
- Mécanisme d'audit ou de redevabilité des politiques cyber
3
Capital humain, innovation, recherche et écosystème cyber
Évalue la capacité du pays à développer son capital humain cyber, créer un écosystème de recherche et d'innovation, et faire émerger une base industrielle solide.
18%
Indicateurs (5) :
- Programmes de formation et de sensibilisation à l'échelle nationale
- Dispositifs d'encadrement des entreprises technologiques locales (incubateurs, etc.)
- Investissements en R&D cyber (IA, blockchain, etc.)
- Partenariats universitaires pour technologies émergentes du domaine cyber
- Système de labélisation des produits et compétences cybernationaux
4
Adaptabilité, réactivité et résilience face aux menaces cybernétiques transnationales
Mesure la capacité à surveiller, détecter et répondre aux menaces transnationales, ainsi que la résilience pour garantir la disponibilité des services essentiels.
15%
Indicateurs (6) :
- Systèmes de détection et de réponse aux cybermenaces
- Capacités cyber défensives et offensives
- Plan national de résilience et de gestion de crise cyber
- Coopération internationale contre les cybermenaces
- Participation aux exercices de simulation de crise cyber (cyber drills)
- Existence de CERT/CIRT/SOC/centres de renseignement cyber
5
Stratégie de financement et d'investissement dans les infrastructures
Évalue les investissements dans les infrastructures numériques critiques et leur niveau d'autonomie pour soutenir la souveraineté numérique.
13%
Indicateurs (5) :
- Investissements dans les infrastructures numériques critiques
- Fonds publics et incitations pour l'innovation et les startups cyber
- Cadre légal favorable aux investissements privés en cybersécurité
- Investissements en R&D et capital humain pour les nouvelles technologies cyber
- Partenariats transnationaux de financement des projets cyber
6
Positionnement géopolitique et diplomatie du cyberespace
Évalue le rôle diplomatique et géopolitique du pays dans les affaires mondiales et régionales du cyberespace, et sa capacité à utiliser le cyberespace comme levier d'influence.
12%
Indicateurs (6) :
- Participation active aux forums internationaux (ONU, GGE, IGF, etc.)
- Coopération bilatérale/multilatérale pour la cybersécurité
- Engagement dans la régulation globale du cyberespace
- Présence dans les institutions de gouvernance du cyberespace et d'Internet
- Propositions dans les forums régionaux ou internationaux de gouvernance cyber
- Usage stratégique des technologies cyber pour l'influence et le Soft Power
3. Grille d'évaluation A / I / C (0–5)
Chaque indicateur est évalué selon trois facteurs : Avancement (matérialisation),
Intention (volonté politique) et Capacité (moyens d'action).
| Niveau |
Avancement |
Intention |
Capacité |
| 0 |
Aucun travail engagé |
Aucune intention exprimée |
Aucune capacité nationale identifiée |
| 1 |
Réflexions initiales, diagnostics ou études primaires |
Déclarations générales sans cadre formel |
Capacités embryonnaires, dépendance totale à l'étranger |
| 2 |
Projets pilotes ou expérimentations limitées |
Intention formalisée dans un document non contraignant |
Capacités formelles mais fortement dépendantes |
| 3 |
Mise en œuvre partielle, non généralisée |
Intention intégrée dans une stratégie ou politique officielle |
Capacités opérationnelles partielles et autonomes |
| 4 |
Mise en œuvre généralisée et opérationnelle |
Intention soutenue par des engagements budgétaires et institutionnels |
Capacités majoritairement autonomes et durables |
| 5 |
Mise en œuvre consolidée, évaluée et améliorée en continu |
Intention prioritaire, suivie et politiquement contraignante |
Capacités souveraines, maîtrisées et évolutives |
4. Mécanisme de calcul
1
Identification des critères fondamentaux
La méthodologie s'articule autour de 6 critères principaux, piliers essentiels d'une cyberstratégie nationale robuste couvrant souveraineté, gouvernance, résilience, coopération internationale et développement des capacités.
2
Décomposition en indicateurs mesurables
Chaque critère est décomposé en indicateurs spécifiques qui granularisent l'évaluation et rendent l'appréciation plus objective et détaillée.
3
Évaluation au niveau de l'indicateur (A / I / C)
Pour chaque indicateur, trois facteurs sont analysés : Avancement (matérialisation), Intention (volonté politique) et Capacité (moyens d'action). Le score indicateur est la moyenne arithmétique de A, I et C.
4
Agrégation au niveau du critère
Le score d'un critère est la moyenne des scores de tous ses indicateurs, chacun ayant un poids égal au sein du critère.
5
Normalisation sur 0–100
Les scores moyens des critères sont normalisés sur une échelle commune de 0 à 100 pour garantir la comparabilité entre critères.
6
Calcul du score final pondéré
Le score ACSI final est la somme pondérée des scores normalisés des 6 critères. La somme des pondérations vaut 100 %.
Un score élevé indique une stratégie cyber robuste : réalisations concrètes
(Avancement), vision affirmée (Intention) et moyens pour agir (Capacité),
particulièrement dans les critères les plus pondérés.
5. Paliers de maturité et classement
Le score ACSI final (0–100) est traduit en quatre paliers de maturité — Leaders, Maturité élevée, En consolidation, Émergents — afin de rendre le classement immédiatement lisible pour les décideurs, au-delà du seul chiffre brut. Ces paliers ne sont pas des quartiles arbitraires : leurs bornes sont calibrées directement sur l'échelle d'évaluation A / I / C (0–5) qui fonde le calcul du score. Comme chaque niveau AIC normalisé vaut 20 points (niveau/5 × 100), les seuils de 70, 40 et 10 correspondent chacun à un changement qualitatif réel dans la grille d'évaluation (section 3), et non à un simple découpage statistique du 0–100.
Leaders
70 – 100 / 100
Correspond à une mise en œuvre généralisée et durable (niveau AIC 4 à 5) : l'action publique n'est plus expérimentale mais opérationnelle sur la majorité des critères, portée par un engagement institutionnel et budgétaire soutenu, avec des capacités largement autonomes. Le seuil de 70 exige cette cohérence sur l'ensemble des six critères pondérés, pas seulement sur un point fort isolé.
Maturité élevée
40 – 69 / 100
Couvre les niveaux AIC 2 à 3 : la stratégie cyber existe formellement (document officiel, structures dédiées) et commence à produire des effets concrets et partiellement autonomes, mais l'implémentation n'est pas encore généralisée ni pleinement souveraine. C'est la zone où se trouve la majorité des États en phase de structuration active.
En consolidation
10 – 39 / 100
Correspond aux niveaux AIC 1 à 2 : projets pilotes, intentions déclarées sans cadre contraignant, capacités encore fortement dépendantes de l'appui extérieur. Le pays a engagé une démarche mais celle-ci reste embryonnaire et non généralisée.
Émergents
0 – 9 / 100
Correspond au niveau AIC 0 à peine dépassé : aucune action structurée identifiée sur la majorité des critères. Ce palier signale une absence de données ou de démarche documentée plutôt qu'un jugement définitif — il appelle en priorité un accompagnement méthodologique et une première collecte de données.